
Le documentaire récemment mis en ligne sur Netflix revient sur l’affaire Marie Trintignant, morte en 2003 sous les coups de Bertrand Cantat, chanteur du groupe Noir Désir. Deux décennies plus tard, cette affaire continue de diviser, de heurter, de faire débat. Alors pourquoi en reparler aujourd’hui ? Parce qu’elle ne relève pas du passé. Parce qu’elle dit quelque chose de notre société. Et parce qu’elle interroge directement la façon dont on regarde les violences faites aux femmes, y compris quand elles concernent des hommes puissants, célèbres, adulés.
Ce que montre le documentaire
Ce documentaire retrace les faits connus : la violence, la mort de Marie Trintignant, le procès, la condamnation, la sortie de prison. Mais il montre aussi ce qui s’est joué autour de l’affaire : la médiatisation, le soutien (ou le silence) du milieu artistique, les discours ambigus, les tentatives de réhabilitation publique.
Et en filigrane, il révèle à quel point la société de l’époque — et parfois encore aujourd’hui — peine à nommer les violences pour ce qu’elles sont : un féminicide, un acte de domination, un crime.
Pourquoi cet épisode continue de troubler
Parce qu’il met en lumière le décalage entre les faits et leur traitement public. Bertrand Cantat a été condamné pour des violences ayant entraîné la mort. Il n’a pas été reconnu coupable de meurtre — ce qui alimente encore les discours flous autour de sa responsabilité. Son attitude au cours de ses auditions, le manque d’empathie et de sincérité dont il a fait preuve sont une preuve criante de la lâcheté et l’absence de prise de conscience des agresseurs.
Et pourtant :
- Marie Trintignant est morte sous les coups.
- Les expertises ont décrit une violence extrême.
- Et malgré cela, certains ont continué à parler d’“affaire tragique”, de “drame passionnel”, ou ont évoqué son “droit à la réinsertion” comme si l’essentiel était ailleurs.
Une affaire révélatrice de notre culture du silence
L’affaire Marie Trintignant illustre ce que de nombreuses femmes vivent à une autre échelle :
- la minimisation des violences,
- la confusion entretenue autour des faits,
- la compassion déplacée pour l’auteur,
- le silence pesant autour de la victime,
- l’oubli progressif, parfois volontaire, pour que “la vie continue”.
Ce documentaire rappelle aussi la puissance du déni collectif, surtout quand l’agresseur est un homme célèbre, talentueux, aimé du public. Il soulève la question cruciale : qui a le droit de revenir sur le devant de la scène ? À quel prix ? Et au nom de quoi ?

Pourquoi c’est important d’en parler, encore et encore
Parce que Marie Trintignant est morte sous les coups de son compagnon. Et Kristina Rady n’est toujours pas reconnue comme victime de féminicide indirect.
Parce que, dans notre pays, des femmes meurent encore aujourd’hui tous les deux à trois jours sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. Et qu’on dénombre trois tentatives de féminicide direct ou indirect par jour.
Parce que les figures publiques qui ont agi avec violence, ou soutenu activement des agresseurs, continuent trop souvent à être réhabilitées sans débat.
Et parce qu’il est urgent de sortir du flou :
Un féminicide n’est pas un drame passionnel.
Un homme violent n’est pas un artiste tourmenté.
La justice n’efface pas les conséquences de la violence.
Et le pardon public ne peut pas se substituer au travail collectif de mémoire, de justice et de prévention.
Ce qu’on peut en retenir, collectivement
Ce documentaire, sans être parfait, a le mérite de revenir sur ce que beaucoup auraient préféré oublier. Il réveille des blessures, oui. Il révolte. Il redonne aussi la parole à celles et ceux qui, pendant longtemps, ne l’avaient pas eue et jette un nouvel éclairage sur le profil des agresseurs.
Surtout, il peut nous permettre de recentrer le regard sur les vraies questions :
- Comment mieux nommer les violences ?
- Comment éviter les discours complaisants ?
- Comment soutenir les survivantes, y compris dans l’espace public ?
- Et comment construire une société où la culture de l’impunité ne soit plus la norme ?
Parler de cette affaire, c’est parler de toutes les autres. C’est refuser d’oublier. C’est rendre justice, même symboliquement, à celles qu’on a trop souvent réduites au silence. Et c’est continuer, malgré tout, à faire entendre une parole différente, une parole nécessaire.


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