1. Les mouvements féministes latino-américains : Ni Una Menos

En Argentine, en 2015, après le féminicide d’une jeune femme de 14 ans, un cri collectif s’élève : Ni Una Menos (« Pas une de moins »). Très vite, ce mouvement dépasse les frontières et s’étend à d’autres pays d’Amérique Latine (Chili, Mexique, Pérou, Uruguay…). Les femmes descendent massivement dans les rues pour dénoncer les violences machistes, les féminicides et l’impunité des agresseurs.

Chiara Páez était une jeune lycéenne, enceinte au moment de sa mort. Elle a été tuée par son compagnon de 16 ans, puis enterrée dans le jardin de la maison familiale du jeune homme. Ce féminicide brutal met en lumière l’ampleur des violences subies par les jeunes femmes, dans un contexte où les féminicides restent souvent impunis ou minimisés.

Le mouvement Ni Una Menos est exemplaire par la manière dont il a su unir des femmes de toutes origines sociales, mobiliser les médias, les artistes, les activistes et même les institutions pour imposer le sujet dans l’espace public. Sa force vient d’une sororité revendiquée et d’une parole collective qui refuse de laisser les violences impunies.

2. Les réseaux de soutien des femmes kurdes : le confédéralisme démocratique

Au Kurdistan syrien et turc, les femmes sont au cœur de la lutte pour l’autonomie et la démocratie. Les militantes kurdes du mouvement des YPJ (Unités de protection des femmes) ont non seulement pris les armes contre Daech, mais elles ont également construit des réseaux d’entraide, de formation politique et d’émancipation dans les zones qu’elles contrôlent.

Leur combat va au-delà de la guerre : elles bâtissent des conseils féminins, des coopératives, des espaces d’éducation et de justice propres, basés sur l’égalité des sexes et l’auto-organisation. Leur solidarité quotidienne a permis à des milliers de femmes d’accéder à l’autonomie économique, à l’éducation et à la protection face aux violences.

3. Les réseaux d’entraide des femmes autochtones au Canada et aux États-Unis

Face à l’inaction des autorités concernant les disparitions et meurtres de femmes autochtones (les MMIWG — Missing and Murdered Indigenous Women and Girls), des collectifs de femmes issues des Premières Nations se sont organisés pour enquêter, documenter, soutenir les familles, et exiger justice.

Elles forment des réseaux puissants, organisent des marches, créent des espaces de parole et des soutiens psychologiques pour les familles, souvent laissées seules. Leur mobilisation a fini par forcer les gouvernements canadiens et américains à ouvrir des commissions d’enquête et à reconnaître l’ampleur du problème.

4. Les collectifs de femmes rurales en Inde : les « sanghas »

En Inde, des milliers de femmes rurales se regroupent dans des sanghas (collectifs de village) pour lutter contre la pauvreté, les violences domestiques et l’exclusion sociale. Par la mise en commun de ressources et l’entraide, elles créent des coopératives agricoles, des groupes de micro-crédit, des écoles et des espaces de prévention des violences.

Ces réseaux sont souvent la seule alternative pour les femmes les plus marginalisées, notamment les veuves ou les femmes victimes de violences conjugales. Le collectif devient alors un espace vital de sécurité et de reconquête de droits.

5. Les femmes des quartiers populaires en France : le collectif Femmes en Lutte 93

En Seine-Saint-Denis, des militantes issues des quartiers populaires ont créé le collectif Femmes en Lutte 93 pour lutter à la fois contre le sexisme, le racisme et les discriminations sociales. Elles agissent en créant des espaces d’échanges, de formation et d’action dans les quartiers.

Elles organisent des événements culturels, des groupes de parole, des campagnes de sensibilisation et participent activement aux mobilisations féministes nationales. Leurs actions montrent que la solidarité féminine prend aussi racine dans des contextes marqués par les inégalités sociales et territoriales.

6. Les cercles de femmes et groupes de parole dans le monde

Au-delà des grands mouvements, dans de nombreux pays, des cercles de femmes se créent : groupes d’écoute, d’entraide ou de reconstruction après des violences. Ces espaces, souvent non médiatisés, sont pourtant essentiels.

En partageant leurs histoires, en soutenant les autres, en se formant ensemble, les femmes y trouvent force et ressources pour se reconstruire et reprendre pouvoir sur leur vie. Ce sont des lieux de solidarité féminine qui, bien que discrets, transforment en profondeur la vie de nombreuses femmes.

La solidarité féminine, un levier de changement concret

admin
Author: admin


Laisser un commentaire